Ali Amar : Essaimage de censure

amar
L’affaire Nichane vient brutalement nous rappeler une réalité que le discours officiel tente d’abraser depuis l’interdiction faite à notre confrère Ali Lmrabet d’exercer pendant 10 ans son métier de journaliste : la censure gagne bel et bien du terrain.
La fausse accalmie que la profession a connue depuis quelque temps a paradoxalement offert un terreau fertile à l’enracinement des lignes rouges qu’affectionne le régime dans nombre de textes de loi. Inscrit dans le Code pénal, l’arsenal anti-offense de la monarchie a essaimé d’abord dans le nouveau Code de la presse adopté en 2002. A l’époque, les plus optimistes y ont vu une simple clarification des limites de l’exercice journalistique prévues en filigrane dans la Constitution, l’avantage était alors d’encadrer par des articles de loi précis l’interprétation jusqu’ici jugée abusive des magistrats. En contrepartie, l’abrogation du fameux article 77 de l’ancien Code de la presse autorisant le gouvernement à interdire par mesure administrative les titres de presse a été présentée comme une victoire par la corporation. Le message subliminal de cette décision voulait convaincre que l’affaire «Le Journal», interdit en 2000 par le gouvernement d’Alternance, appartenait désormais à un passé révolu. Il est évident aujourd’hui qu’il s’agissait d’un simple leurre. Déjà en 2003, au lendemain des tragiques attentats de Casablanca, la loi anti-terroriste votée à la hâte dans un contexte ultra-sécuritaire avait repris subrepticement les fameux interdits. Pour empêcher de voir réapparaître dans les kiosques le pamphlétaire «Demain» d’Ali Lmrabet, la justice n’a pas hésité à faire référence au Code pénal, preuve de la volonté du régime de faire feu de tout bois pour mettre au pas une presse jugée irrévérencieuse. Aujourd’hui, un projet de loi sur les sondages d’opinion restreint davantage la liberté d’expression. Mieux, une charte déontologique digne des régimes les plus totalitaires consacrant la «responsabilité» des journalistes a été concoctée par une Fédération des éditeurs de presse acoquinée avec un Pouvoir pourvoyeur de largesses financières à ceux dont la ligne éditoriale est en phase avec sa doctrine officielle. La multiplication des références à la sacralité des institutions est un signe de régression. C’est aussi et surtout une arme de répression multiforme dont se dote l’Etat à l’encontre de la presse. Le cas de «Nichane» est là pour le prouver. Pour des raisons politiciennes, le Pouvoir n’a pas hésité à le suspendre par mesure administrative interprétant à sa guise l’article 66 du Code de la presse, mais aussi de poursuivre ses journalistes en justice tout en muselant la Fédération à laquelle la publication est affiliée…

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