Un effrayant malentendu(Telquel)

Au départ, un simple dossier sur… les blagues ! Au final, une escalade de plus en plus dangereuse, et des journalistes en danger. Récit.

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Depuis quelques jours, l’hebdomadaire arabophone Nichane, membre du groupe TelQuel, vit une situation aussi ahurissante que dangereuse. Pour avoir publié un dossier sur les “noukat” (blagues) qui circulent au Maroc, le directeur et un journaliste de Nichane sont aujourd’hui poursuivis par l’Etat pour “atteinte aux valeurs sacrées”, et plus particulièrement à celles ayant trait à la religion islamique. Cette accusation est la plus grave qui soit prévue dans l’arsenal juridique marocain, et expose nos collègues et amis à des peines de 3 à 5 ans de prison, ainsi qu’à l’interdiction temporaire de parution de Nichane – si la justice tranche dans ce sens. Mais sans attendre l’issue du procès, le Premier ministre a déjà décidé, au nom du gouvernement marocain, l’interdiction pure et simple de Nichane. Des voix s’élèvent un peu partout dans les groupes religieux marocains (et parfois étrangers), officiels ou clandestins, pour appeler à “laver l’odieux affront fait aux musulmans”, en prenant les “mesures les plus extrêmes” à l’encontre de Nichane et de ses journalistes. Ces derniers se sentent aujourd’hui,

à bon droit, menacés dans leur intégrité physique en raison de la publicité démesurée faite autour de cette affaire. Ils ont été ainsi contraints, à titre préventif, de doubler les effectifs de sécurité aux portes du magazine, tout en appelant à une protection policière.

Tout a commencé le jeudi 30 novembre, pendant la conférence de rédaction de Nichane. Ce jour-là, l’équipe décide de consacrer le prochain dossier de couverture aux “Noukat” : ces blagues populaires qui font le sel de la vie quotidienne des Marocains. Collectivement, la décision est prise de prêter une attention particulière aux blagues les plus fréquemment racontées par les Marocains (comme, d’ailleurs, par tous les peuples du monde) : celles portant sur la religion, la sexualité et la politique. Il a été décidé que nous en publierions quelques échantillons (sélectionnées parmi les plus “soft” de celles que se racontent les Marocains tous les jours), et que l’essentiel du dossier serait consacré à l’analyse des blagues, et à l’étude des enseignements qu’elles comportent sur la culture collective des Marocains. De par son sujet et son angle d’attaque, le dossier se voulait à la fois ludique et informatif. L’équipe de Nichane était à mille lieues d’imaginer que cela causerait le moindre remous, ou le moindre problème. C’est d’ailleurs ainsi que cela s’est passé, à la sortie en kiosque du magazine, le samedi 9 décembre. Les seules réactions reçues par l’entourage et les amis des journalistes de Nichane ont été de ce type : “Votre analyse est bonne, mais les blagues que vous avez publiées sont vieillottes, on les connaissait depuis longtemps ; il y a bien “pire” qui circule”. Il n’y a pas eu d’autres commentaires, tout au long de la semaine où ce numéro était vente.

Vendredi 15 décembre. Soit la veille du jour où ce numéro hebdomadaire a été retiré des kiosques pour être remplacé par le suivant, nous avons appris, par un de nos confrères de la presse écrite, que les animateurs d’un site web islamiste entendaient déposer plainte contre Nichane. Vérification faite, les animateurs de ce site web avaient ouvert un “forum de discussion” dans lequel ils condamnaient Nichane et ses journalistes dans des termes frisant l’appel à la fatwa, pour avoir “gravement offensé Dieu et son prophète”. Sur la centaine de commentaires “postés” sur ce forum, une large majorité traitait ouvertement les journalistes de Nichane d’apostats et d’athées – ce qui, dans la logique des islamistes extrémistes, légitime le jihad à leur encontre. Les journalistes de Nichane commencent à s’inquiéter, mais tablent (à tort, on le sait depuis) sur le fait que la raison et la mesure finiront par reprendre leurs droits. Il ne s’agissait que de blagues !!

Lundi 18 décembre, le syndicat étudiant de l’université de Kénitra (contrôlé par les islamistes) organise, sous la houlette de l’un des animateurs du site anti-Nichane, un piquet de grève, distribue des affiches de condamnation de Nichane, et appelle à la punition de son “crime”. Sentant le malentendu enfler et le danger se préciser, le directeur de Nichane fait plusieurs déclarations à des quotidiens marocains, dans lesquels il transmet, par anticipation, ses “excuses et explications à ceux qui se sont sentis offensés”. Ces déclarations n’auront, le lendemain, que très peu d’échos – contrairement aux invectives et aux accusations d’apostasie, à peine voilées, qui se multiplieront dans les médias, principalement sur Internet. Sentant aussi venir des risques sérieux pour leur sécurité physique, les responsables de Nichane, toujours le lundi 18, multiplient les contacts “préventifs”, principalement auprès de membres du gouvernement, d’Ouléma (docteurs ès science religieuse), et de dirigeants du PJD (parti islamiste marocain). à tous leurs interlocuteurs, les responsables de Nichane réaffirment avec force qu’il est aberrant de prendre des blagues populaires pour des positions éditoriales, et qu’en tout état de cause, Nichane n’a en aucune manière endossé le contenu de ces blagues mais s’est attaché, sur un strict plan journalistique, à les décortiquer et à les analyser sous un angle sociétal. Dans l’ensemble, le message est compris, et approuvé. Même le parti islamiste, tout en signifiant qu’il désapprouve la publication de ces blagues, se montre compréhensif et assure qu’il n’est dans l’intérêt de personne de déclencher une spirale de terreur et de fanatisme qui pourrait s’avérer incontrôlable.

Mardi 19 décembre, une colonne d’humeur signée par un des éditorialistes les plus lus du royaume fait monter la tension d’un cran supplémentaire. Ouvertement, cet éditorialiste appelle le gouvernement à “punir” Nichane. Ce même jour, une instance religieuse koweïtienne se saisit de “l’affaire”, et publie un communiqué condamnant violemment Nichane, frisant, là encore, l’appel à la fatwa. Dans les heures qui suivent, les appels téléphoniques anonymes commencent à se multiplier, menaçant l’équipe de Nichane du “châtiment ultime”, expressions explicites et ordurières à l’appui. La police est immédiatement sollicitée, afin d’assurer la protection des journalistes et des locaux du magazine. Quelques heures plus tard, le directeur de Nichane répond à une convocation “urgente” de la police judiciaire qui l’interroge, lui dit-on, “dans la cadre d’une enquête préliminaire à une éventuelle poursuite du ministère public”. “Mais c’est peu probable, ajoute l’officier de police, parce que cela créerait des tensions qu’il est préférable d’éviter”. Le soir même, un responsable de Nichane contacte un haut responsable au gouvernement pour l’aviser de deux choses : primo, Nichane compte publier dès son prochain numéro des excuses à ceux qui se sont sentis offensés, pour apaiser ce qui peut encore l’être ; secundo, l’ouverture d’un procès pourrait être extrêmement dangereuse car elle engendrerait une large médiatisation, sur le plan national autant qu’international – ce qui ne manquerait pas de déchaîner la fureur de tout ce que le Maroc et le monde islamique comptent d’extrémistes religieux, avec ce que cette fureur peut engendrer comme violences. En réponse, ce haut responsable gouvernemental déclare “comprendre et regretter cette situation, qu’il serait préférable d’éviter”. Il assure, pour conclure l’entretien, qu’il “rappellera après s’être renseigné”. A l’heure où ces lignes sont écrites, il ne l’a toujours pas fait, malgré plusieurs relances.

Mercredi 20 décembre, le directeur de Nichane, ainsi que l’auteur du dossier sur les blagues, sont de nouveau convoqués “pour audition préliminaire” par la police judiciaire, dont le responsable continue à leur assurer que d’après ses contacts avec le Procureur du roi à Casablanca, la poursuite par le Parquet est très improbable, “parce qu’elle jetterait inutilement de l’huile sur le feu”. C’est aussi ce que dit au téléphone, vers 15h30, un haut responsable du ministère de la Justice, dont dépend ce même parquet. Moins d’une demi-heure plus tard, le directeur de Nichane et l’auteur du dossier sur les blagues sont notifiés de leur mise en accusation, par le Parquet, du crime le plus grave prévu par le Code marocain de la presse : l’“atteinte aux valeurs sacrées”. Dès lors, les évènements s’enchaînent à une allure ahurissante qui laisse clairement penser que l’Etat avait minutieusement planifié le déroulement des évènements. Deux heures plus tard, tombe un communiqué du Premier ministre (parfaitement illégal, d’ailleurs – lire encadré ci-contre) qui, en toute simplicité, “interdit à compter du 20 décembre 2006, la diffusion de l’hebdomadaire Nichane sur la voie publique”. Autrement dit, sa mise à mort.

La nouvelle fait bien entendu l’effet d’une bombe dans le landerneau médiatique. Les chaînes de télévision marocaines comme internationales s’en saisissent, donnant pour certaines la parole à des intervenants qui affirment leur condamnation indignée de “ces graves atteintes à la religion islamique” (à la notable exception du député PJD Mohamed Yatim qui, intervenant sur Al Jazeera, a fait preuve d’un admirable sens de la mesure). Ne pouvant plus publier d’excuses ni d’explications dans les colonnes de Nichane, désormais interdit, son équipe rédige dans l’urgence un communiqué, puis un second, immédiatement diffusés à tous les médias nationaux et internationaux.

À l’heure où TelQuel passe sous presse, la plupart de ces médias continuent d’ignorer ces communiqués d’apaisement et de jeter de l’huile sur le feu. Prions de toutes nos forces pour que la raison reprenne ses droits, que chacun comprenne que publier et analyser des blagues ne revient nullement à les endosser, et que les journalistes de Nichane, qui se sont pourtant toujours efforcés de tenir compte du contexte dans lequel ils travaillent, le feront désormais davantage. Quand cet effrayant accès de fièvre sera retombé, et si l’Etat marocain, qui se déclare “défenseur de la liberté de la presse”, leur permet de le faire. Quant à TelQuel, il reviendra en détail sur cette affaire dès sa prochaine parution, le samedi 6 janvier.

A.R.B

Communiqué de Nichane.
Une interdiction illégale

Nous soussignés, journalistes de l’hebdomadaire Nichane, avons été notifiés d’une décision du Premier ministre marocain datée du 20 décembre 2006, et fondée sur l’article 66 du Code de la presse, selon les termes de laquelle : “à compter de la date de cette décision, l’hebdomadaire Nichane est interdit de diffusion sur la voie publique à l’échelle du territoire national”. Nous comprenons par cette formulation que Nichane est définitivement interdit de diffusion et donc de parution. Or, l’article 66 du code de la presse ne donne en aucun cas au Premier ministre le pouvoir d’interdire définitivement un titre de presse. Selon cet article, “le Premier ministre (… peut) interdire la diffusion sur la voie publique de toute publication contraire à la moralité publique”. Que le numéro de Nichane sur les “blagues” marocaines soit “contraire à la morale publique”, c’est à la justice de le déclarer, et un procès est en cours à ce propos. Mais considérer que le magazine Nichane est, à chaque numéro et par essence, potentiellement “contraire à la morale publique” est un précédent aussi dangereux qu’illégal, qui menace la profession journalistique dans son ensemble. Par conséquent, nous dénonçons cette mesure administrative arbitraire et attentatoire à la liberté de la presse, et réclamons son annulation.

Casablanca, jeudi 21 décembre 2006, 16h

8 تعليقات to “Un effrayant malentendu(Telquel)”

  1. Mohamed Says:

    LA DECISION D’INTERDIRE NICHANE EST FONDEE. VOUS TRAVAILLEZ DANS UN CADRE REGLEMENTE AUTREMENT C’EST L’ANARCHIE !!!!

  2. nichani Says:

    Monsieur Mohamed
    j’ai rien compris f ton dernier commentaire
    hadik rah Tel quel machi Nichane
    yak ma bghiti telquel hetta hiya temna3?

  3. Mohamed Says:

    NON Nichani.

    j’étais lecteur de Nichane, mais j’avais décidé de ne plus l’acheter car ils ne respectaient plus mes valeurs et croyances.

  4. Zigzag Says:

    C’est quoi ce pays de merde où l’on condmane un journal parce qu’il a publié un dossier spécial sur ce qui fait rire les marocains illustré par quelques blagues qui ne sont pas vraiment méchantes bien au contraire il y a pire!
    C’est quoi ces islamistes qui sautent sur tout sous prétexte que ça parle avec lègereté de religion! même un pit-bull aurait été plus intelligent dans le choix de sa victime! Pavloviens de médeux!
    Et ce bâtard de Ministre qui se sent vexé parce qu’ils parlent de son usine de chaussures et trouve la faille pour se venger du journa! Mr le Ministre si vous n’êtes pas content vous savez ce qui vous reste à faire: délocalisez votre usine et puis c’est tout!
    Si Noukta n’est plus marocaine, la bêtise et l’ignorance le sont!
    Sur quoi devraient écrire désomrais les journalistes marocains? la pluie et le beau temps oulla sur le prix de la tomate et du concombre! Foutaise!
    Une presse libre au Maroc? insha allah quand Jettou aura une usine de préservatif au lieu de la chaussure!
    Au fait zaama ceux qui parlent de religion, ils faudraient d’abord qu’ils arrêtent d’arroser leurs soirées avec du vin et du champagne parce que ce n’est pas halal et puis parce que nous sommes après tout musulmans dans un pays ……. euhhhhhhh je sais plus vraiment si le Maroc est un pays Musulman mais il le sera insha allah !!!!!!!

  5. 3alyae Says:

    appelez ce torchon ce que vs voulez mais surtout pas un magazine. donner la plume au premier venu (sans qu’il soit journaliste) pour étaler des blagues abjects sur la religion, politique et sexe est une insulte aux lecteurs et signe de non respect à leur égard.désolée, jss marocaine mais y’a pas des blagues de ce genre qu circulent, et dire que vs avez effectuer un tri pour ne publier que les+ soft parmi celles que les marocians racontent!!!! vs cherchez à culpabiliser qui par de tels aveux? tenez, j’ai une idée: que chacun d’entre vous “journalistes” de ce torchon ose donner ce numéro à ses parents, amis etc pr le lire et laissez-les juger par eux-mêmes, et ne venez surtout pas dire que ça va ils trouvent ça chouet, paceque vs savez d’emblée que ça ne l’est pas, vs en êtes même convaincus!
    vous avez commis une erreur monumentale qui est celle de manquer de respect non seulement à vos lecteurs mais aux musulmans où qu’ils soient et vous devez assumer les conséquences de votre a-professionnalisme.

  6. Rania Says:

    Dommage pour nichane,j’ai beau vouloir defendre la liberté d’expression mais leurs arguments sont ridicules et ne m’aident pas alors bon pour une fois tant pis ça ne vaut pas d’etre defendu tout simplement parce qu’on sent l’hypocrisie dans leur communiqué :
    Ils n’ont fait que reprendre les blagues les plus frequemment racontées par les marocains (je rectifie : ils n’ont repris que les blagues les plus vulgaires racontées par le marocains)Nous avons aussi des blagues anti semites au Maroc,oh combien nombreuses !!! et de la même maniere que je suis contre toute forme d’anti semitisme je suis contre toute forme d’atteinte à notre religion
    D’autre part le journaliste a une responsabilité civique,qu’un citoyen quelconque raconte des insanités cela le regarde,qu’un journal le reprenne comme etant notre patrimoine ,merci mais on vaut mieux que ça ,on a aussi des blagues de bon gout,qui ne sont ni vulgaires ni irrespectueuses et tout de même très drôles
    J’ai lu beaucoup de débats à ce sujet ,et je ne fais que m’alligner sur l’avis de la majorité malheureusement pour notre presse,détrompez vous journalistes de nichane ,vous etes les seuls ahurris par les consequences que peuvent avoir des blagues dont le choix n’est pas si innocent

  7. amine Says:

    rien a dire vous fabriquez méme les commentaire .é vous critiqué jatou d’une facon indirecte mé cé bon j’éspére que la prochaine édition sera comment nos parents font le seX?

  8. Power_Geyser Says:

    Incroyable, les marocains ne trouvent plus rien à foutre, et puis ils commencent à mettre en chantier leur idées des mes deux.
    Mais franchement, j’ai l’impression de plus en plus que ces putains de marocains ont tendances a devenir des europeens, renier leur identités,
    renier tout, voila. TOUTES vos reactions ne sont que l’enchainement purs et simples d’un calcul judicieusement pensé de la part de la communautés juives sionistes
    ici au maroc à bouleverser nos moeurs, à nous hypnotiser de nos racines, que vous le vouliez ou non, nous sommes un pays musulman, et les personnes que vous traitez
    d'”islamiste” et franchement gonflé. La breche du 16 mai a permis à ces detracteurs de l’islam de commencer à chambouler toutes nos croyances,
    du coup l’islam est devenu condamné dans son propre pays, la honte. Et quand telquel qui est majoritairement financé par des juifs, donc entendez par là actionnaires
    dans ce magazine, contrôlent les faits et gestes de journalistes, ne sombrez pas dans la naïveté du fait que ces fouteurs de troubles, à savoir ces “journalistes” de telquel
    puisse vraiment être libre de dire quoique ce soit, et meme avec un soutien colossale. Nichan et ces dirigens malheureusement naïfs n’ont pas compris une chose, mais je paris
    que la majorité de ses composants n’ont pas reellement vecu ici au Maroc, parce qu’il faut savoir qu’il y a des choses qui ne se publient pas, sinon on devient la dinde farcis
    tant recherché par ceux qui cherchaient un moyen de dénoncer ses blagues extrêmes, et que les marocains prennent à la légère, preuve encore une fois d’une totale
    indifference envers leur propre religion, cela étant, c’est on ne peut plus normal qu’un journaliste Danois puisse “naturellement” publier des caricatures du Saint Homme qu’est
    notre prophete “3alayhi ssalatou wa salam”, et qu’après on commence à réagir et crier au scandale, quoique je doute fortement de la récation de ce peuple marocain déchue,
    on peut même remarquer une totale indifference auprès de ces evennements. Et voilà, cette décision a été prise, et que je trouve on ne peut plus normal parce que c’est une atteinte
    à la religion tout simplement, et ce n’est pas le fait que des marocains utilisent ces blagues malsaines que Nichane se trouve ayant le droit de les publier, preuve d’un immature
    incroyable, tout simplement la situation n’a pas été evaluée, aucun respect pour les vieux, malheureusement… Encore ce genre de magazine qui contrôlent les esprits faisant
    virevolter le drapeau de la liberté d’expression, qui est controlée, devrait se trouver une autre activité que la presse au scandale, on tombe dans la propagande.

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